L’identification au coeur du malaise de la société

Actuellement, notre société marche mal , et c’est souvent le problème d’identification qui est au cœur de la déstabilisation  c.a.d savoir qui on est vraiment. L’absence de structuration qui en découle se produit souvent à cause de l’absence du père, et quelque fois même du nom du père* (appelé forclusion -sens de extinction- du nom du père).

“La psychanalyse nous apprend que l’intelligence, la vivacité, et la santé mentale d’un enfant, dépendent en premier lieu de sa capacité à s’identifier à quelqu’un d’autre que sa mère donc de son droit à référer son existence, à une autre personne qu’elle”.

“L’homosexualité masculine exprimerait le besoin d’un ancrage dans le masculin , dans ce qu’il est pareil à soi ; elle traduirait par le fait même la recherche inconsciente du père, la recherche d’une identité mâle.” Dans l’homosexualité féminine, on peut lire le schéma inversé, il peut au contraire y avoir la haine du père trop autoritaire avec en face une mère faible.*( dans Sans père et sans parole, de Didier Dumas, psychanalyste)”.

Dans son livre “Père manquant, fils manqué” dont je fais un résumé,  Guy Corneau dit : “le silence du père qu’il soit verbal ou physique aura des répercussions sur l’univers psychologique du fils ; il influencera la structuration de sa psyché. Tout d’abord il faut dire que chaque parent à une double fonction : fonction de repère corporel pour l’enfant de même sexe que lui, et fonction de lieu du désir pour l’enfant de sexe opposé. Il y a une difficulté d’identification, qui va pour le fils de la mère au père : si les pères étaient présent, ce passage ne serait pas si périlleux et se ferait tout naturellement.

Les guerres de tranchées qui se déroulent dans les familles entre les adolescents et leur mère sont les manifestations de fils qui tentent par tous les moyens de se dégager de l’emprise maternelle, d’arracher leur corps à leur mères et de prouver qu’ils sont des hommes. Cet état de fait signifie chez les fils, la répression de toute affectivité et l’imitation des pires stéréotypes machos que notre société peut produire.

Il est nécessaire que les hommes cajolent leur enfant, leur fils en particulier, ils ouvriront la porte de la sensibilité et ce faisant, il découvriront la leur. Les hommes ont peur de devenir père parce qu’ils ne veulent pas faire revivre à leur fils , les tourments dans lesquels ils ont été  jetés, à savoir être forcés au devoir et coupés de leur sens. Ils pressentent le retour de leur ancienne terreur, celle d’être femme.

De la même façon que les instincts régissent nos comportements, il y a aussi des instances qui régissent nos façons de sentir et de penser : Jung leur a donner le nom d’archétypes. Ces tendances à préformer des contenus, se manifestent en nous, sous la forme d’images et d’idées et ont besoin d’être personnalisés, c a d expérimentés au sein d’une relation d’amour, avec le cortège de fantasmes, d’émotions et d’idéalisations… Ce modèle archétype inconscient est surement à la source de cette voix intérieure qui répète constamment à un mâle qu’il n’est pas un homme. Quand le père a été absent, le fils doute de sa virilité, il demeure distant et inconsistant , car le modèle qu’il a eu était une image désincarnée du père plutôt que le père en chair et en os.

Quand un archétype n’a pas été « humanisé », il devient une paire d’opposés tiraillant le « moi » : c’est la présence réelle du père qui permet à l’enfant de réunir les opposés, qui conditionnent sa psyché. L’humanité du père permet de concevoir un monde dans lequel tout n’est pas blanc ou noir, et où les opposés peuvent se côtoyer.

Voici, ce que Guy Corneau dit, avec  prescience, en 1989 : sur le plan collectif, ce déni du corps a aussi des conséquences désastreuses ; cette tentative désespérée des hommes pour ne pas être assimilés au corps de leur mère n’explique-t-elle pas, en partie leur mépris pour un autre corps, celui de la Terre ?

Le saccage et la pollution de la terre par les hommes en habits gris qui mènent les grandes entreprises n’expriment-t-ils pas une vengeance inconsciente des fils envers le corps des femmes ?

N’est-ce pas l’immense peine non exprimée des hommes de n’avoir pas eu accès à leur propre sensibilité, et d’en avoir été coupés par l’inconscience de leurs parents qui les rend si destructeurs et si sauvages, se comportant comme des enfants, qui auraient été privés d’affection toute leur vie ?”

On pourrait penser que c’est plus facile entre mère et fille : mais à cause de ce qu’on appelle l’incorporation émotionnelle*, lorsque la maman seule a élevé sa fille  unique, les liens sont forts et il est difficile de prendre de la distance ; si la fille s’identifie à sa mère, le danger pour la fille est l’incorporation émotionnelle avec maman : c’est souvent la mère copine, la meilleure copine qui partage tout.

Après la majorité, se téléphoner tous les jours, demander des conseils pour tout, raconter sa vie privée, sa vie sentimentale, est l’indice d’une dépendance totale de la fille à la mère. C’est elle, qui donnera son aval dans le cas d’une rencontre avec le futur gendre, il faudra qu’il soit parfait pour la mère. Or comment le pourrait-il ? Il n’est pas de la même génération, il ne sera pas son compagnon, mais celui de sa fille !

C’est ainsi que dans le pire des scénarios, on a vu madame Anquetil demander à sa fille de faire un enfant à son beau père, et que tout ceci s’est passé dans les meilleures conditions apparentes, l’enfant étant élevé par la mère et la grand-mère , ce qui ne manquera pas de poser quelques problèmes d’identification plus tard avec le masculin, le père étant en même temps le grand-père.

On sait que par le passé, des situations inverses se sont produites, lorsqu’une  mère endossait la maternité d’une fille trop jeune enceinte, faisant croire à l’enfant, que sa mère était sa sœur, sa grand mère prétendant être sa mère : tout ceci a des conséquences, notamment pour l’identification au père supposé, qui  est  seulement le grand-père.

Mais ces familles ont un nom et un père, quid de ceux qui n’en ont pas du tout !

On sait maintenant que si l’amour peut faire beaucoup, il ne peut pas tout faire dans l’épanouissement et l’équilibre d’un enfant, c’est un petit peu plus compliqué.

 

* “L’incoporation émotionnelle” du  docteur Salomon Sellam

* Le nom du père  : le nom du père commémore l’un des événements les plus importants de la civilisation, l’apparition de l’écriture (c’est étonnant). On a longtemps pensé que la fertilité des femmes ne provenait pas de la sexualité ; de ce fait, on ne donnait que le nom de la mère (sociétés matrilinéaires qui n’ont laissé que peu de traces), puis lorsque les pères  prirent conscience des ressemblances entre eux et leur enfant, eut lieu la prise de conscience de leur importance dans la création. Ce sont les grecs qui firent le pas le plus important et l’essor intellectuel de la Gréce est directement lié au fait que les enfants n’y étaient référés qu’à leur père ! Le nom que l’on donne à l’enfant est le pivot de sa structure mentale : reconnaissant le bébé , le père l’accueille dans ses structures mentales, pour qu’il y enracine les siennes. Voilà la raison qui justifie que les pères donnent leur nom aux enfants. L’accueillir dans son nom, c’est le reconnaitre dans le fruit de son désir, se positionner face à lui d’une façon différente de celle de la mère : il le reconnait, or que reconnait-il si ce n’est le désir lui ayant permis de le faire ?

 

* sans  rapport avec une homosexualité innée qui serait peut-être encouragée par les circonstances, puisque dans une même famille, les mêmes causes ne donnent pas les mêmes résultatslire “Sans père et sans parole” de Didier Dumas , pg 65 à 69

 

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