Pour guérir il faut être acteur de sa guérison

homme de vitruve 2Bien des personnes n’acceptent pas la somatisation comme une manifestation sérieuse d’une crise existentielle.  La maladie est, ce que l’organisme a trouvé de mieux pour exprimer ce qu’il ne sait pas dire par des mots, on en a donc fait un jeu de mots : la maladie, c’est le mal qui parle dans notre corps pour nous signaler ce qui ne va pas, on a dit qu’il fallait soigner les maux par les mots. Une fois qu’on a fait rire les sceptiques, voilà ce qui se passe, nous dit Eric Tognoni – psychanalyste, Site : “Au cœur du sens”

La somatisation est le moyen mis en œuvre par l’organisme pour se protéger de trop grandes tensions psychiques.

Déchiffrer le mécanisme de la somatisation oblige à cesser de vouloir compartimenter l’individu, de le diviser en tranches comme si l’on soignait que des éléments indépendants, séparés de la considération de l’ensemble. Et malgré les progrès d’une médecine toujours plus performante dans ses applications techniques, la somatisation et son cortège de symptômes reste un des aspects les plus fréquents concernant les plaintes observées en consultations de médecine générale.

Que dire alors des manifestations corporelles (comme des crises de panique) qui accompagnent le vécu des patients au cours des séances de psychothérapie ?

Par conséquent, l’absolue nécessité d’envisager une approche globale montre une passerelle entre les différents niveaux de fonctionnement d’une personne, lorsque les maux du corps retentissent sur les blessures de l’âme.

Comment ça marche ? Le mécanisme est subtil et reflète la complexité de l’Être.

En principe, l’état d’équilibre de notre corps obéit aux lois de la physique et de la chimie, tout comme notre psychisme est sous l’emprise de forces conscientes et inconscientes. La régulation harmonieuse de ses forces génère des sensations de bien-être et un sentiment de faire face aux événements de la vie. Pour nombre d’entre nous, cette perception est le fruit d’une adaptation permanente des tensions courantes qui sont ressenties entre notre vie intérieure et les fluctuations de la vie extérieure.

En cas de perturbations trop importantes les angoisses et les tensions deviennent trop fortes et dérèglent la stabilité mentale qui se trouve alors en danger. La conscience, prise en défaut d’acceptation refuse et, refoule l’énergie de la menace dans l’inconscient. Les forces internes se bouleversent et, l’équilibre du fonctionnement de l’appareil psychique est rompu. Comme de toute façon l’énergie de la tension doit forcément s’exprimer, elle produit un symptôme qui apparaît sous la forme d’une manifestation corporelle. C’est le processus de somatisation*.

Enummèrer toutes les formes de somatisation serait fastidieux tant chaque individu réagit aux événements de la vie d’une façon qui lui est spécifique. Cependant, les troubles somatiques concernent habituellement la physiologie des systèmes cutané, articulaire, gastrique, neurologique et sexuel.

Par exemple : l’association de douleurs atypiques localisées aux niveaux du dos, des articulations, de la tête…, l’existence de nausées, de vomissements, de diarrhées, tous les troubles  sur le plan sexuel.

D’autres manifestations apparemment neurologiques peuvent signifier une somatisation  la « boule dans la gorge » ou « le nœud » à l’estomac, la perte de la sensibilité tactile, des hallucinations, une amnésie. Le psoriasis et l’eczéma sont aussi le reflet somatique de troubles anxieux qui se dévoilent au niveau de la peau.

Dans le meilleur des cas, la somatisation se manifeste sous des aspects bénins et réversibles, les symptômes revenant souvent avec la même forme : crises d’asthme, hypertension, coliques et, douleurs…

Par la suite, l’évolution vers une chronicité se fait conjointement avec l’affaiblissement des défenses naturelles de l’organisme. C’est la porte ouverte à l’installation de maladies psychosomatiques souvent graves de part leur irréversibilité, comme les maladies auto-immunes et les maladies cancéreuses dont l’évolution peut conduire jusqu’à la mort. Comment repérer la somatisation ?

Cette sinistre progression peut s’éviter dès que l’on s’applique à porter une attention aiguë aux symptômes. Pour cela, il faut dans un premier temps savoir s’écouter et s’arrêter. Il n’est pas question ici d’encourager quelconque forme de nombrilisme ou de légitimer l’hypocondrie, mais plutôt de développer une conscience corporelle qui aura pour but de se laisser guider vers la présence d’un conflit qui se joue en arrière plan dans la profondeur de l’inconscient.

L’objectif ambitionne le rétablissement de l’équilibre entre le mental et le ressenti corporel. Mais le chemin est long et sinueux. En effet, énormément de personnes se sentent « coupées » de leurs sensations, révélant leurs présences que lors de l’apparition de la douleur. Il est bien souvent trop tard. Le processus de somatisation est déjà en route. Faire attention à ses sensations est accessible et, le message spécifique qu’elles nous adressent vaut largement le fait d’être entendu. Il faut donc commencer par nous mettre sur « pause », sentir et ressentir

C’est établi, le corps a la capacité d’exprimer à grands « cris » la souffrance psychique. Les symptômes signent alors un langage symbolique bien spécifique qui conduit inexorablement à la rencontre des émotions et des sentiments refoulés. Son décryptage mène vers une conscience claire et lucide des conflits inconscients. A charge pour chacun, avec l’aide d’un thérapeute si nécessaire, de déterminer le sens et d’y remédier.

Aussi, comprendre la somatisation est d’un intérêt majeur : libérer l’énergie du conflit comme le ferait une soupape pour permettre à nouveau l’équilibre. L’enjeu d’un retour à la stabilité du fonctionnement du psychisme est à ce prix.

Voici quelques exemples significatifs relevés lors de psychothérapies que j’ai pu menées. Viviane me consulte pour une sensation d’étouffement associée à une boule permanente dans la gorge (symptôme corporel)…Chez cette femme de 32 ans, les symptômes manifestent la souffrance d’une naissance difficile avec étranglement par le cordon ombilical, (conflit psychique inconscient). Pascale 41 ans, souffre d’une maladie rhumatismale généralisée associée à une dépression existentielle (symptôme corporel). Un lourd secret de famille concernant les circonstances dramatiques du décès d’un enfant, traduisait une énergie destructrice contre elle-même et exprimée par le processus inflammatoire (conflit psychique inconscient). Les psychothérapies menées ont permis d’améliorer considérablement l’état des ces patients.

S’occuper de guérir uniquement le symptôme sans s’attacher à la cause diffère la souffrance. Par conséquent, le traitement de la somatisation impose une démarche profonde et globale. L’association d’une psychothérapie analytique à la dimension psycho-corporelle est souvent très efficace.

Le thérapeute considère l’histoire du patient tout en travaillant les lieux du corps où se manifestent les douleurs et les tensions. Ici, le « toucher » prend toute sa place et permet l’éveil des émotions et des sensations. Le but étant de donner au patient la possibilité de dire son ressenti afin de conscientiser les résistances internes.

Une autre approche thérapeutique concerne la pratique de séances de sophrologie et la relaxation : ces méthodes corporelles restaurent l’équilibre psychosomatique. Enfin la mise en situation lors de jeux de rôle favorise la prise de conscience des conflits refoulés.”

 

*”Le trouble de somatisation entre dans la catégorie des troubles somatoformes, c’est-à-dire caractérisés par des symptômes physiques dont l’origine est mentale. Également appelé syndrome de Briquet, le trouble de somatisation correspond généralement à des atteintes physiques provoquant des plaintes douloureuses d’ordre sexuel, neurologique ou intestinal.

Généralement, les individus atteints par ce type de troubles consultent régulièrement le corps médical afin de trouver un traitement. Ils peuvent également présenter des difficultés sociales voire professionnelles. La pratique d’une thérapie cognitivo-comportementale (TCC) reste le traitement le plus adapté pour enrayer un trouble de somatisation.

Il arrive que les patients entraînent l’institution médicale dans leur pathologie, et pour certains, qu’ils y réussissent et amènent l’institution à fonctionner en retour dans le passage à l’acte : Nous prendrons comme exemple de passage à l’acte médical la création récente de deux syndromes : la fibromyalgie et le S F C (syndrome de fatigue chronique). Ils se recoupent de telle manière qu’il est parfois difficile de les distinguer.

Ils sont ainsi décrits : des douleurs diffuses, sans cause trouvée, la fatigue,  des troubles du sommeil, la tristesse, l’anxiété. Dans le cas de la fibromyalgie, l’accent est mis sur les douleurs, tandis que pour le Syndrome de la Fatigue Chronique, c’est la fatigue qui est au premier plan.

« La dépression peut souvent provoquer des douleurs et de la fatigue. Ainsi, la fibromyalgie a-t-elle été souvent diagnostiquée, à tort, comme dépression. Pendant des années il n’y avait aucune évidence d’anomalie physique dans les cas de fibromyalgie et, certains médecins en avaient conclu que les symptômes avaient une cause psychologique. De plus, certains tests psychologiques ont interprété les douleurs et la fatigue propres à la fibromyalgie comme signes de dépression plutôt que signes d’une maladie physique.»

Les éléments, mettent en évidence les causes d’un refus de la dépression  :que la demande se situe dans le champ du somatique, nous en avons l’habitude, mais ici ces défenses sont encouragées et renforcées par ce que j’appellerais le passage à l’acte médical, à savoir le déni du psychisme et, le recours au corps réel comme mécanisme de défense contre la peur…

D’autre part, il s’agit d’une méconnaissance du rôle du symptôme dans l’économie psychique et d’un déni de l’ambivalence par rapport à la « guérison ». Dans ce contexte le patient n’est pas considéré comme sujet dans son histoire et dans une relation thérapeutique, mais objet passif de la médecine.”

En un mot, pour guérir il doit être acteur de sa guérison.

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