Pour exister faut-il spirituellement tuer la mère en nous ?

Pour cette fête des mères beaucoup d’entre vous, je le sais, ont bien des soucis d’incompréhension avec leurs enfants qui ont grandi et qui n’ont pas la même éthique que les anciennes générations dont ils ne pensent qu’à se débarrasser (le dégagisme de certains), le mot n’est pas trop fort, tant les attitudes le suggèrent.

Les temps sont difficiles et cela ne facilite pas les rapports dans les familles, touchées par le manque de travail et le chômage, la distance, le travail du dimanche, les divorces, les familles recomposées et décomposées, sinon la tendance individualiste qui fait préférer les départs en week-end aux repas de famille tandis qu’on confie les enfants aux parents dans le meilleur des cas, car il y a aussi ceux qui agissent à l’inverse, en ne confiant jamais les enfants à leurs parents, pour les punir de je ne sais quelle erreur commise quand ils étaient petits !

Je rediffuse ce texte, un peu difficile parce qu’écrit par des psychanalystes, qui ne mâchent pas leurs mots, mais à force de le relire, on finit par le trouver relativement clair. Il s’adresse autant aux mères qu’aux enfants  car nous sommes toutes issues d’une mère et, si nous le sommes devenues nous n’avons pas oublié que nous étions différentes avant. Mais ce rôle qu’on nous donne et que nous endossons est le rôle, le travail, le contrat le plus difficile et douloureux de la planète. Saintes ou pas, nous sommes des mères et, on ne sait plus quelle attitude adopter.

Xavier Dolan, un jeune artiste  de 20 ans crée une  œuvre cinématographique en tant que réalisateur, producteur, acteur et monteur. Il a financé son propre film  avec ses cachets d’acteurs. Cette autobiographie remporte la palme d’or, au  festival de Cannes en 2014, ex-æquo avec le célèbre réalisateur français Jean-Luc Godard. Le titre est provocateur: “j’ai tué ma mère.”

Face aux journalistes, sur la scène du festival de Cannes, il dit : J’ai “spirituellement” tuer ma mère. En effet, il  s’agit  d’un meurtre symbolique, quoique la violence Pour vivre faut-il tuer la mère ?soit là, véritablement et, elle produit sur les deux protagonistes une grande souffrance. Il faut dire que l’acteur jouant le rôle au cinèma peine à dire son homosexualité. Mais ce n’est qu’une partie de l’iceberg.

Pour se réaliser en tant qu’être humain, est-il nécessaire de «tuer» ce qui appartient à notre mère, qui n’est pas notre essence unique ?

Voici l’explication d’un psychanalyste, tirée du “mythe d’Oreste” qui dans l’histoire, avait tué sa mère.

“Alors, qu’est-ce qui est sacrifié dans cet acte de choix ? De quoi relève ce choix ? Freud, est très clair là-dessus. Ce qui est sacrifié c’est, dans l’inconscient, l’objet de l’inceste, objet de l’inceste avec la mère, incarnant la jouissance impossible…

Que demande la culture? Elle dit : sacrifie ton désir à l’ordre établi. Or le choix forcé à l’autorité surmoïque est  névrotique, puisqu’en le choisissant, le sujet «cède sur son désir»* (le surmoi de Freud, c’est le gendarme en nous, donc le parent au départ de la vie)».

Or, l’éthique de l’inconscient a pour impératif : «as-tu agis en conformité avec ton désir? » (L’Éthique, p. 359).

Il n’y a pas d’autre voie pour la sérénité : obéir à l’Autre c’est, d’une certaine manière, se sentir coupable d’avoir cédé sur son propre désir. Et, plus on obéira, plus on se sentira coupable.

Les difficultés et les souffrances ne sont provoquées dans l’inconscient que par la figuration dans l’imaginaire du meurtre de la mère.

L’Autre, le grand Autre, est ce dont, nous devons nous débarrasser dans l’inconscient..c’est donc d’une certaine manière le taureau à abattre.

C’est une sorte de matrice, de mère, des résistances à briser, qui nous englobe telle une coquille d’œuf . Mais cette coquille est dure comme celle d’un œuf d’autruche, dont on sait qu’on ne peut la casser, qu’à coups de marteau.*

Tel est le grand Autre, dans l’inconscient, on le fait exister en se sacrifiant, en cédant sur son désir au nom de quelque code plus ou moins comique et illusoire.”

 

J’ai emprunté des parties du Texte de l’intervention au Cercle Psychanalytique de Paris 31 mai 2007.

 

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