Le liberalisme de Thatcher : modèle de Macron

A partir de 1979, la politique de Margaret Thatcher marque l’entrée dans l’ère post-fordiste,

avec le retrait de l’état providence,

la dérégulation des marchés,

la privatisation de grandes entreprises publiques et

l’adoption d’un modèle économique fondé sur l’expansion du secteur des services et de la finance.

Cette politique néolibérale s’accompagne d’une forte contraction du secteur manufacturier (qui ne représente plus que 13% de la production britannique en 2011),

dune paupérisation de la classe ouvrière et d’un accroissement des inégalités sociales, phénomènes que les films du cinéaste Ken Loach (exemple : “Looking for Eric” avec Cantona, ou “Moi, Daniel Blake”) ont largement contribué à faire connaître auprès du grand public.

Les références aux clivages entre les possédants et ceux qui n’ont rien entre le Nord et le Sud le fameuse division nord sud , entre les pauvres et les riches) sont récurrentes même si cette dichotomie est sans doute caricaturale et simplificatrice. (Damon, 2009).

En 2010, le Royaume-Uni est la 6e économie mondiale avec un PIB de 2 247 milliards de dollars, pour autant, la pauvreté n’a pas été éradiquée puisque 13,1 millions de personnes vivent au-dessous du seuil de pauvreté, ce qui correspond à 22% de la population. Selon l’enquête Eurostat sur le revenu et les conditions de vie, le pays figure parmi ceux qui affichent les taux de pauvreté les plus élevés, aux côtés de la Roumanie, la Bulgarie, la Grèce et l’Espagne.

Comment mesure-t-on ce phénomène et quelles en sont les conséquences dans un pays développé comme le Royaume-Uni ?

Certaines catégories de la population ont été identifiées comme particulièrement exposées à la pauvreté :

les jeunes, les personnes âgées, les chômeurs,

les familles monoparentales et les personnes en situation de handicap.

On observe d’importantes disparités géographiques puisque dans 29 municipalités, un enfant sur cinq est concerné par la pauvreté aggravée. Le taux le plus élevé est à Manchester et dans la commune londonienne de Tower Hamlets (27%) tandis qu’à Birmingham et Liverpool, il atteint 23%, contre une moyenne nationale de 13%. Par ailleurs, plus de la moitié des enfants vivant dans une famille monoparentale sont pauvres contre un quart dans les familles composées de deux parents.

Néanmoins, en 2011, l’association Save The Children publiait un rapport indiquant qu’1,6 million d’enfants de moins de 14 ans vivaient dans une situation de pauvreté aggravée, c’est-à-dire dans un foyer disposant de moins de la moitié du revenu médian comparé à un foyer de taille équivalente (ce qui correspond à moins de 240 £ (275 €) par semaine pour une famille avec deux enfants et, à 134 £ (153 €) pour une famille monoparentale avec un enfant, ce seuil de revenu étant combiné à une liste d’éléments matériels  spécifiquement liés à l’enfance…

La pauvreté des seniors est également préoccupante : même si les chiffres sont en baisse par rapport au début des années 1990, 2,3 millions de retraités (30%) vivent sous le seuil de pauvreté au Royaume-Uni, désormais quatrième au classement européen de la pauvreté des plus de 65 ans.

Une étude de l’organisation caritative “Age Concern” montre qu’un retraité sur cinq saute un repas par jour pour faire des économies et que 40% ont des difficultés à se procurer des biens de première nécessité. Le fort niveau de pauvreté des retraités britanniques s’explique par la présence de régimes de retraites disparates, sources d’inégalités importantes entre les cotisants.

Les prestations du régime public sont de très faible niveau et dans la plupart des cas complétées par une affiliation à une caisse de retraite privée. L’augmentation de la part de la capitalisation a dégradé les conditions de retraite des plus pauvres.

Par ailleurs, la crise économique a entraîné une chute des actifs financiers, ce qui aura pour effet de diminuer considérablement le niveau des retraites pour l’ensemble de la population.

En 2010, le rapport “Une anatomie des inégalités économiques au Royaume-Uni” dirigé par le Professeur John Hills de la London School of Economics, dressait un constat alarmant. Il montrait qu’en trente ans, le fossé entre les riches et les pauvres s’était considérablement creusé : les revenus du salaire et du patrimoine du décile le plus riche de la population étaient cent fois supérieurs à ceux dont disposaient les 10% de citoyens les plus pauvres.

En 2010,  le Royaume-Uni était classé  parmi les pays les plus inégalitaires de l’Union européenne.

article de Corinne Nativel, source publication scientifique du Centre de recherches internationales (CERI).

pour plus de lecture :http://ceriscope.sciences-po.fr/pauvrete/content/part5/la-pauvrete-post-industrielle-au-royaume-uni?page=3

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