Le “transgénéalogique” traité par Jodorowsky

Le transgénéalogique , c’est la prise en considération, notamment par les thérapeutes, de tout ce qui nous touche au corps, à l’âme et à l’esprit, en provenance de notre ascendance, de notre lignée.

“ Or, dit Jodorowski, dans chacun de vos ancêtres, il y a un Bouddha qui dort : si vous voulez vous éveiller, travaillez à hisser votre arbre généalogique entier au niveau de sa bouddhéïté.  Avec une sorte de retard sur les Orientaux, mais aussi muni d’un outillage d’introspection de plus en plus raffiné, les Occidentaux découvrent qu’il est essentiel d’honorer ses ancêtres – car ils font  Le “transgénéalogique” traité par Jodorowskypartie de nous !

Les honorer, cela peut signifier : les connaître, les analyser, les démonter, les accuser, les dissoudre, les remercier, les aimer… pour finalement “voir le Bouddha en chacun d’eux.”

Bien avant que la thérapie transgénéalogique ne devienne à la mode, le dramaturge-metteur en scène Jodorowsky, co-fondateur du concept de Théâtre Panique, avec Arrabal, Topor et quelques autres provocateurs de génie, arrivés d’Amérique Latine dans les années 50-60, avait placé l’arbre généalogique au centre de sa vision du monde.

Voilà trente cinq ans qu’il reçoit chaque semaine, le mercredi, des gens venus de toute l’Europe, dans un bistrot transformé où, de façon rigoureusement bénévole, il tire les cartes à une demi-douzaine de personnes, tandis que tout autour, une foule de plusieurs centaines de quêteurs-de-sens se presse, pour entendre ce que dit l’artiste…

Parfois à voix basse quand, ayant interpelé et écouté un demandeur, et puis attentivement étudié son “arbre” (généalogique), il lui prescrit  un acte  symbolique destiné à ritualiser sa guérison.

Alessandro Jodorowsky transmet son art à d’autres thérapeutes en recevant, chez lui, une seule personne en consultation. Mais les ingrédients sont les même : interpellation compassionnelle, écoute, interprétation des signes symboliques, et toujours, au centre, l’étude attentive de l’arbre de la personne concernée. C’est sur ce dernier point surtout que nous voulions l’interroger. Un cas impressionnant :

 Abusée sexuellement par son père quand elle était une petite fille, une femme reste murée dans un refus total de faire l’amour avec quiconque. À 50 ans, une longue psychanalyse n’ayant rien résolu, elle croise la route de Jodorowsky et accepte de tenter sa méthode. En quelques heures, tout son passé va ressurgir… remontant bien avant sa naissance ! Son arbre généalogique, minutieusement étudié, révèle des résonances incestueuses dans les différentes branches de la famille, sur plusieurs générations.

 Poussée  à rompre le pacte maudit d’amour/haine qui l’enchaîne à son père, la femme passe par un instant terrible. Jodo demande un rituel symbolique :… ce qui aura finalement pour conséquence de provoquer une étonnante accalmie, et le début d’une sérénité que la dame n’espérait plus.

Alexandro Jodorowsky : « Une fois qu’on a pris conscience que l’on porte son arbre généalogique dans son corps, et que l’on peut expulser les souffrances ainsi occasionnées comme on expulse les démons, tout peut changer d’un seul coup. Mais cela ne dispense pas d’un énorme travail sur soi. C’est un travail dans le mental et dans l’esprit, mais aussi dans la chair. À la chair, on peut faire comprendre qu’il faut lâcher prise… à condition de ne pas avoir peur. Il ne faut pas craindre de s’enfoncer profondément en soi, pour traverser toute la part d’être mal constituée, toute l’horreur du non-accomplissement, et pour lever l’obstacle de l’arbre généalogique qu’on porte en travers de soi et qui oppose son barrage au flux de la vie. Dans ce barrage, fait de tas de branches mortes, vous retrouvez les spectres de votre père et de votre mère, de vos grands-parents et de vos arrières grands-parents… Il faut avoir le courage et l’énergie de les empoigner. ” C’est dur ? certes, il serait tellement plus facile de prendre quelques sucreries psychologiques rassurantes, quelques calmants “positifs”, se regarder dans un miroir magique qui nous dirait que nous sommes beau et génial…

Par où commencer ? D’abord savoir se placer soi-même dans son arbre généalogique et comprendre que cet arbre n’est pas du passé : il est tout à fait vivant et présent, à l’intérieur de chacun de nous ! L’arbre vit en moi. Je suis l’arbre. Je suis toute ma famille. On me touche la jambe droite et papa se met à parler, l’épaule gauche et voilà grand-mère qui gémit ! Quand je m’enfonce dans mon passé, j’entre aussi dans celui de mes parents et des ancêtres

Nous n’avons pas de problèmes individuels : toute la famille est en jeu. L’inconscient familial, ça existe. Un père décide de commencer une psychanalyse, et d’un seul coup toute sa famille est touchée et se met à évoluer. Dès que vous prenez conscience, vous faites prendre conscience à tous les vôtres. Vous êtes la lumière. Quand une pomme apparaît sur l’arbre, tout l’arbre est en joie, comprenez-vous ? Si vous faites votre travail, tout votre arbre se purifie. Il pourrait se purifier même à l’insu de certains de ses membres, de façon irréversible ?  

À l’insu oui, mais d’une façon irréversible, certainement pas. La rechute est toujours possible. Et elle concerne, elle aussi, l’arbre entier. Quand je chute, mon sort entraine celui de toute ma famille, y compris des enfants à venir, sur trois ou quatre générations. Notre responsabilité est immense, surtout avec les enfants. Ils ne vivent pas dans le même temps. Pour nous, une scène peut sembler se dérouler en une heure, pour eux elle aura duré un mois ou un an et les laissera marqués à vie.

C’est pourquoi il faut bien savoir à qui vous confiez vos enfants. Si vous laissez votre enfant pendant huit heures à une personne neurasthénique, ou hystérique, ou pleine de problèmes, l’enfant risque de tout absorber. Vous-même, quand vous vous occupez d’un enfant, faites bien attention !

Des psychanalystes comme Nicolas Abraham ou Didier Dumas disent que le problème qu’ils rencontrent dans les arbres, ce sont les fantômes. Ils appellent ainsi les non-dits traumatisant, le “non-pensé transgénéalogique” qui se promènerait dans les arborescences familiales et rendrait les humains malades.

« C’est vrai. Et si le non-dit est si traumatisant, c’est que nous sommes tous des êtres abusés. Or les abus subis pendant l’enfance, nous avons tendance à les reproduire sur d’autres, une fois devenus adultes. Il y a des abus mentaux, des abus de langage, des abus émotionnels, des abus sexuels, des abus matériels, des abus d’être : on ne m’a pas donné la possibilité d’être, on n’a pas vu qui j’étais, on a voulu que je sois quelqu’un d’autre, on m’a donné un plein de vie mais qui n’était pas le mien, on voulait un garçon et je fus une fille… On ne m’a pas laissé voir, laissé écouter, laissé dire et ce qu’on m’a dit ne me correspondait pas… Et celle des culpabilisations : “tu veux nous dépasser : alors on va créer un abus qui sera un échec ou une dévaluation.”

Le “noyau homosexuel” refoulé abonde, et les garçons manqués ! et l’inceste ! Et tout ça se reproduit à l’infini.

L’abus le plus simple, à notre époque, est souvent décrit par défaut : c’est l’absence du père, l’absence de loi du père… quand le père est absent, la mère devient dominante. On peut donc parler d’absence totale de père ET de mère. Nous sommes dans une civilisation d’enfants. Partout on cherche le père, c’est pourquoi qu’il y a les gourous, qui viennent remplacer les pères manquants – et parfois les mères manquantes…

Jusqu’où faudrait-il remonter pour nous laver de tous les abus ?  Question trop vaste. C’est toute la planète qui est concernée, c’est toute la société, toute l’histoire, avec ses guerres, ses crimes. Actuellement, je vois souvent des personnes qui ont des problèmes datant de la guerre de 14 – un grand-père a été gazé et une maladie pulmonaire, c’est-à-dire un mal émotionnel, un trouble de non-réalisation, surgit maintenant,  on la paye encore aujourd’hui, par grands-parents ou parents interposés, et aussi, très souvent, par le biais des oncles et des tantes : les relations entre mon père (ou ma mère) et ses frères et sœurs peuvent très facilement m’influencer, même si je ne connais rien des viols, des relations sadomasochistes, etc, qui ont pu les concerner… Il suffit parfois d’un ”rien“…

On remplace souvent quelqu’un : papa me donne le nom d’une fiancée qu’il a perdue, et toute ma vie je serai la fiancée de mon père ; ou maman me donne le nom de son père, et moi, pour la satisfaire, j’essaierai d’être comme mon grand-père.

La religion joue-t-elle un rôle dans les résonances transgénéalogiques ?

La plupart des arbres généalogiques, quels qu’ils soient, sont marqués en amont, à un stade ou à un autre, par des livres sacrés mal interprétés, pervertis, déviés de leurs intentions originelles. Selon l’endroit où vous êtes né, les ravages (en particulier les déviations sexuelles) . L’interprétation pervertie des textes sacrés est plus meurtrière que la bombe atomique , j’y inclus les religions matérialistes et marxistes, qui font des dégâts bien aussi graves.

Face à toutes ces catastrophes, que fait l’arbre généalogique ? Pour ne pas mourir (ce qui arrive quand le secret ne peut définitivement plus émerger à la surface), il a tendance à s’équilibrer, dans des acrobaties parfois inouïes, pouvant donner un assassin d’un côté et un saint de l’autre.” 

Cet entretien a été publié dans “J’ai mal à mes ancêtres”, de Patrice van Eersel et Catherine Maillard.

Vous créez un nouveau terme la métagénéalogie : “J’ai intégré à la méthode des données théoriques, tels la philosophie chinoise, les doctrines orientales, le chamanisme, le tarot; et des outils de résolution, comme la psychomagie ou le massage. Ensuite je prends en considération le futur, aucune thérapie n’en tient compte. Et ce dont je parle ici, ce n’est pas seulement du futur individuel, mais de celui de l’humanité. La science dit que nous sommes nés par hasard et que tout arrive par hasard, mais ce n’est qu’une théorie. Comme de plus en plus en plus de chercheurs, je pars du postulat que l’humanité a un sens et une finalité dont nous devons tenir compte. Et, aujourd’hui plus que jamais, car nous sommes parvenus à un point de notre histoire où l’on voit poindre les prémices d’une transformation de la conscience, d’un changement de paradigme, si ce n’est une mutation globale. Et aucune guérison, individuelle ou collective, ne pourra se faire sans une mutation de notre conscience.” (interview psychologie magazine).

 

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